Tout d'abord, petite présentation des intéressés. Les deux derniers, on ne les présente plus tellement ils sont habitués à la polémique, l'un pour ses sketches et ses déclarations jugées (pas forcément par les tribunaux d'ailleurs) antisémites, l'autre pour ses thèses négationnistes de l'Holocauste. Mathieu Kassovitz, lui, a récemment créé la polémique en osant (cris d'effroi dans la salle) remettre en cause la version officielle des événements du 11 Septembre 2001 (on évitera de parler de complot ou d'attentats - ce qui revient au même - dans le souci de ne pas s'engager) lors d'une émission de télévision.
Mathieu Kassovitz donc, a été la victime d'une campagne extrèmement violente l'accusant de tous les maux, le comparant honteusement et calomnieusement au dignitaire nazi Josef Goebbels qu'il avait cité dans son exposé (sur le coup, il eût été préférable qu'il cite Bernays, le neveu de Freud, et le père de la propagande moderne). Cette accusation est d'autant plus scandaleuse que d'une part, les propos de Kassovitz ne sont absolument pas ambigus, il se contente de citer une méthode de propagande par un expert en la matière, et d'autre part que Kassovitz a perdu beaucoup de membres de sa famille dans les camps de la mort.
De plus, et c'est là qu'arrive le lien avec Dieudonné, Kassovitz, de par son scepticisme vis-à-vis des événements du 11 Septembre 2001, a été qualifié de négationniste du 11 Septembre, de "Faurisson du 11 Septembre. Là aussi, je renvoie à ma remarque sur les origines de celui qui passe au pilori pour montrer le degré d'ignominie de la comparaison.
Cet acharnement médiatique d'une violence absolue, celle de meneurs cyniques manipulant une foule, renvoie à la Parole Officielle qui compare la négation de l'hypothèse terroriste des événements (ou de n'importe quelle hypothèse que la classe dominante veut imposer) à celle des très réelles chambres à gaz, métonymie de l'Holocauste. On peut citer l'exemple de Georges W. Bush qui affirmait que nier l'existence des armes de destruction massives en Irak, c'était comme nier la Shoah. 6 ans plus tard, il n'y a plus que Faurisson et sa clique pour croire ce genres de choses, mais de manière diamétralement opposée bien sûr.
En fait, cette violence donne l'impression d'un message à faire passer coûte que coûte. Le 11 Septembre serait un génocide comme la Shoah. Il s'agit d'instaurer une équivalence entre les termes là où une implication simpleaurait été préférable car moins difficile à mettre en place. Sur le coup, il n'est pas évident de faire croire que le 11 Septembre est une étape avant une prochaine Solution Finale inéluctable si les gentils américains et tous leurs alliés ne déclaraient pas une guerre totale au Terrorisme, cet ennemi suffisament évanescent pour qu'on soit certain que cette guerre soit éternelle, quitte à se dégager en catimini par la suite sans rien régler. Au contraire, simplement parler d'événements de même nature coûte moins en terme de conditionnement des masses, il s'en serait fallu de deux ans d'un traitement de cheval à base de partouzes intellectuelles télévisées sur TF1 entre tout ce que la France peut produire d'arrivistes pseudo-intellectuels à deux francs cinquante le kilo de connerie - et Dieu sait que la France est productive en la matière - pour en arriver là. Faute de mieux, on se contentera de cette arme à double tranchant si on ne tape pas assez fort (voilà une bonne leçon de morale pour nos chères têtes plus ou moins blondes: tapez plus fort des fois que l'ennemi se relève pour vous mettre un couteau dans le dos. Les débris d'universalisme républicain permettant en d'autres circonstances de se mettre à la place du lâche).
Arme à double tranchant car à trop vouloir faire passer des mascarades, des misérables farces, pour la grande tragédie de la Shoah, on risque fort de faire passer la grande tragédie de la Shoah pour une misérable farce (Djamel Debbouzze et Gad Elmaleh en lieu et place de Racine et Corneille, qu'on a tôt fait de mettre sur un pied d'égalité en vertu du "tout se vaut"). Et ça, ça les inquiètes nos chers inquisiteurs zélés de la bien-pensance, et surtout le la pensée autorisée, ça les inquiète drôlement d'ailleurs. Ca les inquiète tellement qu'ils en deviennent agressifs et violents, CQFD.
En fait, on remarque le même phénomène concernant l'antisémitisme. Des banalités comme des sketches plus ou moins drôles passent immédiatement pour antisémites, au risque de faire passer l'antisémitisme pour une banalité. En fait, les tenants de ce forcing intellectuel ne risquent pas très gros. Ils pourront toujours retourner leur veste le moment venu. Mais le fait est qu'ils ont un job à faire, avec paye et renommée à la clé. Non, ceux qui risquent, ce sont les juifs qui n'ont rien demandé, ces français que le hasard de leur naissance a doté de la foi en la première religion du Livre.
Finalement, on en arrive tout doucement à l'ami Dieudonné M'Bala M'Bala, humoriste porté aux nues dans son rôle de noir sympa pote avec un juif sympa et avec tous les gens sympas c'est-à-dire tout le monde sauf Le Pen (qui lui est un très très méchant, attention il mord), puis voué au gémonies du jour au lendemain, littéralement, suite à un sketch lourd d'une banalité affligeante puisque critiquant la politique d'Ariel Sharon. Là tout de suite, c'est les tribunaux pour injure raciale, les personnalités les plus diverses sont sommés de s'exprimer sur l'affaire, comprendre cracher toute la bile dont ils sont capables, les protagonistes (Djamel Debouzze) sommés de s'excuser d'avoir ri. Dieudonné était devenu du jour au lendemain un nazi noir qu'il fallait écarter, neutraliser, éliminer. A noter au passage que jamais le fameux sketch n'a été retransmis, il ne fallait pas que la mascarade soit révélée au grand jour.
Dieudonné le noir ex-humoriste, ex-"de service", était puni. Pas gentil. On oubliait (en avait-on jamais eu conscience du reste?) que Dieudonné n'était pas un noir, mais un eurafricain (je n'aime pas la sonorité du mot "mulâtre", certainement cette terminaison en "-âtre" comme dans "blanchâtre", "acariâtre"), en particulier un breton, et les bretons sont réputés pour être têtus. Dieudonné avait trouvé le point sensible, et il allait persévérer dedans. C'est ainsi qu'après moult procès et spectacles, sur une suggestion bien involontaire de BH Lévy, il a invité le négationniste Faurisson sur la scène du Zénith de Paris, histoire de lui remettre un prix d'infréquentabilité. Bien évidemment, les manifestation d'indignation ont fusé contre celui qui avait particulièrement bien réussi son coup, à savoir faire parler de lui, montrer où sont les limites que l'on voudrait cacher, chose courante depuis que Copernic a prouvé qu'il n'y avait pas de trou béant comme limite de notre bonne vieille Terre, qu'on pouvait marcher indéfiniment sans tomber dans les abîmes insondables, et que l'homme devrait dorénavant rajouter une dimension supplémentaire à sa compréhension du monde. La censure est rentrée dans la quatrième dimension à la fin du précédent millénaire, et tout est à refaire.
On ne va pas refaire le procès de Dieudonné, chacun est capable de se faire un avis en regardant les vidéos avec l'esprit libre. Il faut juste remarquer qu'il n'est pas criminel pour un voleur de se dire voleur, et donc qu'il n'est pas criminel pour un négationniste de s'affirmer comme tel (après tout, l'autorité suprême de la Justice en a décidé ainsi), que l'apologie du négationnisme n'est pas le négationnisme, sans quoi on pourrait brûler Chomsky et les quelque 500 personnalités qui avaient soutenu Faurisson à l'époque, qu'un prix d'infréquentabilité ne récompense pas des travaux historiques mais l'infréquentabilité du laureat et caetera...
Mais bien sûr, un climat d'hystérie savamment entretenu n'est pas propice à ce genre de considérations que quiconque peut faire dès lors qu'il cesse de hurler. L'intelligence a cet avantage qu'elle n'est pas une activité bruyante, au contraire de la bêtise.