L'identité nationale

L'identité nationale
Parler de l'identité nationale aujourd'hui, alors que le pouvoir, via le ministre de l'immigration en fonction, Eric Besson, a lancé un grand débat national sur le sujet, ça pourrait être vu comme une manière de faire le jeu de Sarkozy. J'assume, d'autant plus que le fait de ne pas en parler le temps du débat (qui est prévu pour durer plusieurs mois) ferait tout autant voire plus le jeu du pouvoir. Impossible d'apporter la contradiction, laisser aux mauvaises personnes l'exclusivité du terme. Eh oui, la gauche a bon dos de considérer l'identité nationale comme un tabou car brandie par Le Pen, puis Sarkozy. Mais quand on refuse a priori toute notion d'identité nationale, en vertu d'un lointain vestige de marxisme de comptoir, il ne faut pas s'étonner que ce soient les autres qui s'emparent de ce terme, qui le font vivre, lui donne la signification qui justifiera leurs opinions.

Non, la France mérite mieux que d'être réduite à un élément de folklore pour touriste, à des traditions et une culture définitivement ancrées dans un passé fantasmé. La pire chose à faire, c'est laisser l'idée de France, de nation française aux identitaires, à l'extrème droite. C'est la pire chose à faire parce que c'est nier que la France est peuplée d'un peuple, le peuple français, vieux de plus de mille ans, et enrichi de vagues migratoires successives, et que ce peuple est attaché à son existence, qui réside dans le ciment que constitue le cadre national. Ce peuple ira naturellement vers celui qui défendra le mieux la France à ses yeux, qui représentera le mieux la France, fût-ce un Le Pen ou même un Pétain. Refuser l'identité nationale, c'est refuser la nation, c'est refuser cette construction ambitieuse qui fait que 60 millions de personnes participent à une même ambition commune, la France.

Parce que la France n'est pas un paysage de carte postale, un musée pour touristes venus du monde entier. Bien sûr, il ya des paysages magnifiques, il y a une terre qui est la base de tout car elle a vu naître les hommes qui se sont appelés citoyens, les a vus vivre, avec toutes les joies et le peines que cela implique, et les a vus mourir. Retirez cette terre, et vous retirez les racines, les attaches des citoyens. Il y a aussi ces monuments que le monde nous envie: cathédrales, châteaux etc...
Mais ces monuments représentent un instantané de la France à une époque, chaque époque s'étant ajoutée telle une strate géologique à la période précédente, et a posé les bases de l'époque suivante.

C'est là que 1789 est arrivé, avec cette notion magnifique de nation et de citoyenneté. La nation, ce sont des hommes désireux de construire un présent et un avenir communs, ce sont tous les hommes de l'ancien Royaume de France, ce sont tous les hommes sans distinction de race ou de religion (fait suffisament exceptionnel pour être remarqué). Notre époque, c'est cela. Chacun peut être un citoyen.

De plus, chaque époque remplace la précédente, cette règle étant la condition sine qua non pour que la France reste un pays et pas un vague régionalisme. En effet, point de passé fantasmé puisque l'identité nationale, c'est-à-dire ce qui distingue à l'heure actuelle la France des autres nations, repose sur le présent, qui s'est de toutes façons construit sur le passé. Mais en aucun cas on ne fait appel au passé directement. Un immigré, un enfant d'immigré, peut devenir un citoyen et il devient un patriote quand il devient un citoyen. C'est ça l'identité nationale aujourd'hui, c'est s'intégrer non pas en acceptant des conceptions qui n'ont plus rien à faire dans la France actuelle, au motif qu'elles participeraient de l'identité, mais en acceptant de relever le pari républicain. Chacun a ses racines, les racines de certains n'ont pas construit la France, mais la France de demain ne se construira pas sur les racines de quiconque, mais sur le présent de tous les français.

Alors, je reste dubitatif à la question "qu'est-ce qu'être français?". La France ne doit-elle pas évoluer continuement pour éviter de se fossiliser? Doit-on tenter de jouer aux apprentis-sorcier en assumant seul la construction de la France? Quelle arrogance ce serait là. La France doit revenir aux français, c'est à dire à tous les français. Ce sont eux qui définissent ce qu'est la France sans qu'aucun groupe, aucune personne, ne puisse prétendre représenter le pays, le guider ou le modeler à sa guise. Voilà le slogan honni du Front National qui finalement est une très bonne chose s'il est vu comme une invitation plutôt que comme une exclusion, comme une invitation à prendre part à son niveau à la vie de la France. Car finalement c'est cela être français, c'est faire vivre la France avec tous ceux qui veulent également la faire vivre, sans se l'approprier, mais sans la laisser à d'autres.

# Posté le samedi 31 octobre 2009 18:19

Modifié le dimanche 01 novembre 2009 11:10

Julien Dray et le Parti Sioniste: le lapsus de l'année?

En tous cas un candidat très sérieux. Car en plus de commettre son lapsus, Julien Dray défend Frédéric Mitterrand et ses pérégrinations en Thaïlande...

# Posté le samedi 17 octobre 2009 18:03

Modifié le dimanche 18 octobre 2009 06:34

Le vrai visage de "Ni Putes Ni Soumises"

"Ni Putes Ni Soumises" (NPNS en abrégé), c'est ce mouvement féministe créé en 2003 qui centre son combat sur le "machisme dans les banlieues" (notez le choix des mots) et qui a suffisament bonne presse pour pouvoir servir de tremplin à des arrivistes pour une place en ministère (c'est dire si ce mouvement est subversif). Qu'on ne se méprenne pas, je n'ai rien contre les féministes, ou en tous cas pas assez pour adopter de points de vue tranchés à leur encontre. Mais concernant ces féministes, ce n'est pas possible. A la limite, chez elles, les idées féministes sont reléguées au second plan derrière la lutte contre les valeurs patriarcales prônées par l'Islam blablabla...
On pourrait multiplier les griefs à l'encontre de cette association, mais tous se recoupent derrière l'appellation collective d'islamophobie. Voilà pourquoi j'ai accompagné mon article de cette vidéo où il est question de la conversion à l'Islam de la chanteuse de rap Diam's. Autant dissiper tout malentendu immédiatement, ce n'est pas mon style de musique, et je dirais même que cette musique m'insupporte. Je suis tombé sur la vidéo en visitant le site La Banlieue s'exprime.

Tout d'abord, petit retour sur la question du féminisme. Cette "idéologie" ne sera pas la cible de mes piques, sarcasmes,indignations (rayez la/les mention(s) inutile(s)). Pas qu'elle soit exempte de tout reproche, loin de là. On pourrait par exemple regretter son incapacité totale à penser les réalités sociales sous un autre angle que l'émancipation des femmes du patriarcat, conséquence de l'option non-universaliste qu'a pris le mouvement dès lors qu'il s'est conçu comme une construction idéologique et politique des femmes, hermétique à toute influence extérieure (c'est-à-dire en particulier des hommes). Ce sont des faits, dont on peut discuter les origines, mais qu'on ne peut nier.
On pourrait également discuter de l'intérêt qu'ont les élites à promouvoir le féminisme en cela que ça les soulage de la pression sociale, des grands projets sociaux (remplacer la lutte des classes par l'hypothétique lutte des sexes). On pourrait en déduire que le féminisme serait une idéologie bourgeoise en cela qu'il serait incapable de s'occuper du sort des femmes pauvres en des termes qui leurs sont intelligibles.
Bref, on pourrait lire Soral, mais aussi le grand historien Eric Hobsbawm.

Mais NPNS, c'est autre chose. En fait, il est possible que ce soient les défauts inhérents au féminisme qui accouchent systématiquement de mouvements qui seraient autant d'avatars de la bêtise crasse. Ici l'islamophobie. Je pense que le refus de l'universalisme amène le reste. Dans le cas qui nous intéresse, l'islamophobie apparaît au grand jour. A en croire NPNS, l'Islam serait dangereux, et serait fondamentalement incompatible avec les soi-disant valeurs de la république comme le respect de la femme. En gros, on a là convergence avec le MPF et l'UMP. A cette accusation, et avec toute la modestie que m'impose mon statut d'athée français "de souche", je serais tenté de répondre oui. Oui, les valeurs de l'Islam, comme celle du christianisme et des autres religions, sont contraires aux non-valeurs de cette pseudo république qui n'en mérite plus le nom, et qu'elle substitue au vraies valeurs, qui sont les mêmes pour tous les hommes et toutes les femmes.

Cette pseudo république, au nom de cette idéologie du "tout se vaut", récuse toute universalité des valeurs en les considérant comme de simples choix de vie (mariage homosexuel, sexualités "alternatives...). Partant de là, elle opère un virement à 180 degrés dans l'échelle des valeurs, armée de l'idéologie libérale-libertaire soixante-huitarde. Ce qui était naguère refusé devient la norme, et réciproquement. C'est comme ça qu'on voit la nouvelle présidente de NPNS arborer fièrement un T-Shirt "Ni Vierges ni Soumises". En recoupant avec le nom de l'association, l'assertion "les putes, ce sont les vierges" vient immédiatement à l'esprit. La question de savoir ce qui est le plus choquant entre ça et une conversion à l'Islam, c'est un peu comme le débat entre le voile et le string. Personnellement, le choix est vite fait.
D'ailleurs, il est marrant de voir Ni Putes Ni Soumises passer ses journées à cracher sur l'Islam au nom des non-valeurs mercantilistes, alors que cette association a servi de tremplin à Fadela Amara pour faire de la lèche à la catholique intégriste Christine Boutin, dans un gouvernement clairement de droite d'affaires.
Il faut croire que payer des gens pour cracher là où on leur demande, c'est une stratégie comme une autre dans un contexte de soi-disant choc des civilisations post-11 Septembre 2001. Et c'est d'autant plus facile que ces gens là ne peuvent avoir aucune vision globale à cause de leur refus de l'universalisme, et donc qu'ils sont certainement de bonne foi, en tout cas à la base.

# Posté le samedi 17 octobre 2009 17:53

Modifié le dimanche 18 octobre 2009 06:44

Kassovitz, Dieudonné et Faurisson: chronique de la bêtise ambiante

Tout d'abord, petite présentation des intéressés. Les deux derniers, on ne les présente plus tellement ils sont habitués à la polémique, l'un pour ses sketches et ses déclarations jugées (pas forcément par les tribunaux d'ailleurs) antisémites, l'autre pour ses thèses négationnistes de l'Holocauste. Mathieu Kassovitz, lui, a récemment créé la polémique en osant (cris d'effroi dans la salle) remettre en cause la version officielle des événements du 11 Septembre 2001 (on évitera de parler de complot ou d'attentats - ce qui revient au même - dans le souci de ne pas s'engager) lors d'une émission de télévision.

Mathieu Kassovitz donc, a été la victime d'une campagne extrèmement violente l'accusant de tous les maux, le comparant honteusement et calomnieusement au dignitaire nazi Josef Goebbels qu'il avait cité dans son exposé (sur le coup, il eût été préférable qu'il cite Bernays, le neveu de Freud, et le père de la propagande moderne). Cette accusation est d'autant plus scandaleuse que d'une part, les propos de Kassovitz ne sont absolument pas ambigus, il se contente de citer une méthode de propagande par un expert en la matière, et d'autre part que Kassovitz a perdu beaucoup de membres de sa famille dans les camps de la mort.
De plus, et c'est là qu'arrive le lien avec Dieudonné, Kassovitz, de par son scepticisme vis-à-vis des événements du 11 Septembre 2001, a été qualifié de négationniste du 11 Septembre, de "Faurisson du 11 Septembre. Là aussi, je renvoie à ma remarque sur les origines de celui qui passe au pilori pour montrer le degré d'ignominie de la comparaison.
Cet acharnement médiatique d'une violence absolue, celle de meneurs cyniques manipulant une foule, renvoie à la Parole Officielle qui compare la négation de l'hypothèse terroriste des événements (ou de n'importe quelle hypothèse que la classe dominante veut imposer) à celle des très réelles chambres à gaz, métonymie de l'Holocauste. On peut citer l'exemple de Georges W. Bush qui affirmait que nier l'existence des armes de destruction massives en Irak, c'était comme nier la Shoah. 6 ans plus tard, il n'y a plus que Faurisson et sa clique pour croire ce genres de choses, mais de manière diamétralement opposée bien sûr.

En fait, cette violence donne l'impression d'un message à faire passer coûte que coûte. Le 11 Septembre serait un génocide comme la Shoah. Il s'agit d'instaurer une équivalence entre les termes là où une implication simpleaurait été préférable car moins difficile à mettre en place. Sur le coup, il n'est pas évident de faire croire que le 11 Septembre est une étape avant une prochaine Solution Finale inéluctable si les gentils américains et tous leurs alliés ne déclaraient pas une guerre totale au Terrorisme, cet ennemi suffisament évanescent pour qu'on soit certain que cette guerre soit éternelle, quitte à se dégager en catimini par la suite sans rien régler. Au contraire, simplement parler d'événements de même nature coûte moins en terme de conditionnement des masses, il s'en serait fallu de deux ans d'un traitement de cheval à base de partouzes intellectuelles télévisées sur TF1 entre tout ce que la France peut produire d'arrivistes pseudo-intellectuels à deux francs cinquante le kilo de connerie - et Dieu sait que la France est productive en la matière - pour en arriver là. Faute de mieux, on se contentera de cette arme à double tranchant si on ne tape pas assez fort (voilà une bonne leçon de morale pour nos chères têtes plus ou moins blondes: tapez plus fort des fois que l'ennemi se relève pour vous mettre un couteau dans le dos. Les débris d'universalisme républicain permettant en d'autres circonstances de se mettre à la place du lâche).
Arme à double tranchant car à trop vouloir faire passer des mascarades, des misérables farces, pour la grande tragédie de la Shoah, on risque fort de faire passer la grande tragédie de la Shoah pour une misérable farce (Djamel Debbouzze et Gad Elmaleh en lieu et place de Racine et Corneille, qu'on a tôt fait de mettre sur un pied d'égalité en vertu du "tout se vaut"). Et ça, ça les inquiètes nos chers inquisiteurs zélés de la bien-pensance, et surtout le la pensée autorisée, ça les inquiète drôlement d'ailleurs. Ca les inquiète tellement qu'ils en deviennent agressifs et violents, CQFD.

En fait, on remarque le même phénomène concernant l'antisémitisme. Des banalités comme des sketches plus ou moins drôles passent immédiatement pour antisémites, au risque de faire passer l'antisémitisme pour une banalité. En fait, les tenants de ce forcing intellectuel ne risquent pas très gros. Ils pourront toujours retourner leur veste le moment venu. Mais le fait est qu'ils ont un job à faire, avec paye et renommée à la clé. Non, ceux qui risquent, ce sont les juifs qui n'ont rien demandé, ces français que le hasard de leur naissance a doté de la foi en la première religion du Livre.

Finalement, on en arrive tout doucement à l'ami Dieudonné M'Bala M'Bala, humoriste porté aux nues dans son rôle de noir sympa pote avec un juif sympa et avec tous les gens sympas c'est-à-dire tout le monde sauf Le Pen (qui lui est un très très méchant, attention il mord), puis voué au gémonies du jour au lendemain, littéralement, suite à un sketch lourd d'une banalité affligeante puisque critiquant la politique d'Ariel Sharon. Là tout de suite, c'est les tribunaux pour injure raciale, les personnalités les plus diverses sont sommés de s'exprimer sur l'affaire, comprendre cracher toute la bile dont ils sont capables, les protagonistes (Djamel Debouzze) sommés de s'excuser d'avoir ri. Dieudonné était devenu du jour au lendemain un nazi noir qu'il fallait écarter, neutraliser, éliminer. A noter au passage que jamais le fameux sketch n'a été retransmis, il ne fallait pas que la mascarade soit révélée au grand jour.
Dieudonné le noir ex-humoriste, ex-"de service", était puni. Pas gentil. On oubliait (en avait-on jamais eu conscience du reste?) que Dieudonné n'était pas un noir, mais un eurafricain (je n'aime pas la sonorité du mot "mulâtre", certainement cette terminaison en "-âtre" comme dans "blanchâtre", "acariâtre"), en particulier un breton, et les bretons sont réputés pour être têtus. Dieudonné avait trouvé le point sensible, et il allait persévérer dedans. C'est ainsi qu'après moult procès et spectacles, sur une suggestion bien involontaire de BH Lévy, il a invité le négationniste Faurisson sur la scène du Zénith de Paris, histoire de lui remettre un prix d'infréquentabilité. Bien évidemment, les manifestation d'indignation ont fusé contre celui qui avait particulièrement bien réussi son coup, à savoir faire parler de lui, montrer où sont les limites que l'on voudrait cacher, chose courante depuis que Copernic a prouvé qu'il n'y avait pas de trou béant comme limite de notre bonne vieille Terre, qu'on pouvait marcher indéfiniment sans tomber dans les abîmes insondables, et que l'homme devrait dorénavant rajouter une dimension supplémentaire à sa compréhension du monde. La censure est rentrée dans la quatrième dimension à la fin du précédent millénaire, et tout est à refaire.

On ne va pas refaire le procès de Dieudonné, chacun est capable de se faire un avis en regardant les vidéos avec l'esprit libre. Il faut juste remarquer qu'il n'est pas criminel pour un voleur de se dire voleur, et donc qu'il n'est pas criminel pour un négationniste de s'affirmer comme tel (après tout, l'autorité suprême de la Justice en a décidé ainsi), que l'apologie du négationnisme n'est pas le négationnisme, sans quoi on pourrait brûler Chomsky et les quelque 500 personnalités qui avaient soutenu Faurisson à l'époque, qu'un prix d'infréquentabilité ne récompense pas des travaux historiques mais l'infréquentabilité du laureat et caetera...
Mais bien sûr, un climat d'hystérie savamment entretenu n'est pas propice à ce genre de considérations que quiconque peut faire dès lors qu'il cesse de hurler. L'intelligence a cet avantage qu'elle n'est pas une activité bruyante, au contraire de la bêtise.

# Posté le samedi 26 septembre 2009 18:03

Modifié le samedi 17 octobre 2009 14:22

Internet, un danger pour la démocratie?

Internet, un danger pour la démocratie?
Voilà un sujet que j'avais dû traiter en classe de première (ça va faire 4 ans) et qu'on m'avais conseillé d'aborder sous l'angle d'approche conventionnel, à savoir en parlant des groupuscules extrémistes qui propagent le racisme et la haine sur le web.
Cette approche, je l'avais déjà critiquée dans un article de ce blog (intitulé "lutte contre la cyber-haine" si je ne m'abuse) où je disais que l'internet n'accordait qu'une audience limitée aux individus qui souhaiteraient s'y exprimer, que cette audience était encore plus limitée par le phénomène de zapping dû à la trop grande quantités d'informations, et que finalement, l'audience était guère supérieure à ce qui était possible avant l'internet pour tous.
Maintenant, il est temps de s'intéresser un peu plus à cette audience que peuvent avoir les productions sur internet, et que cette question amène à percevoir les dangers d'internet pour la démocratie.

En effet, il fleurit sur les réseaux sociaux, et en particulier sur skyblog (puisque c'est sur cette plate-forme qu'on se trouve) des blogs "militants", des blogs où l'auteur évoque ses opinions, ses idées politiques. Ce faisant, il croit certainement se rendre utile à la cause qu'il croit défendre (à moins qu'il ne cherche qu'à attirer des visiteurs, mais ne faisons pas de procès d'intentions). Le problème, c'est que le libéralisme l'a tellement imprégné (comme il imprègne chacun dans les "démocraties libérales") que cet internaute intériorise les schémas du libéralisme, qu'il reproduit sans même s'en rendre compte. Cet internaute va, sans se poser de question choisir son bord politique. Il sera de droite, de gauche, de centre droit ou gauche, d'extrème droite ou d'extrème gauche. Il choisira son parti (auquel il pourra avoir adhéré dans la vraie vie) parmi la pléthore qui existe, ou alors il sera anarchiste, antifa, faf, identitaire...
Bref, il affichera son emplacement en bonne place sur son blog histoire que le visiteur sache d'un coup d'oeil à qui il a affaire. Comme si les opinions de quelqu'un de réfléchi pouvaient se résumer en quelques mots. Notre internaute va donc employer une stratégie marketing, il va se marketer: choisir le public visé, le caresser dans le sens du poil à l'aide de slogan passe-partout etc...

Partant de là, l'internaute va s'enfermer dans ce que les commerciaux appellent un marché, et il va démarcher dans ce marché. Les contacts de l'internaute ne seront qu'à l'intérieur de sa tendance politique. Il n'ira pas chercher plus loin parce qu'il aura intériorisé la maxime célèbre "les goûts et les couleurs, ça ne se discute pas", corollaire de "le client est roi". En dehors de sa tendance, il sera soumis à la contradiction, il verra ses croyances s'effriter ou au contraire les érigera en dogmes qu'il faudra respecter en vertu du communautariste droit à la différence. Il restera donc dans sa communauté constituée des personnes de la même tendance que lui, et prêchera pour eux, c'est-à-dire pour les convertis. S'il se rend compte de l'inutilité de la chose, il y verra toujours un moyen de se glorifier personnellement des visites et commentaires reçus. Dans tous les cas, il sera mis KO et inapte à participer au débat politique, inapte à être un citoyen en somme.

Mais le plus grave, c'est qu'il ne s'en rendra jamais compte, et il continuera à considérer l'internet comme l'aboutissement de la démocratie. Dans son cas, l'internet sera le dieu auquel il sacrifiera de sa liberté dans le monde réel en ne faisant rien, ce sera sa prison et même un gigantesque cimetière où son blog sera sa tombe de citoyen, qu'il entretiendra en y déposant les fleurs de sa liberté dans la vie réelle.

Non, un militantisme virtuel est totalement vain puisque virtuel. Pour être efficient, il devra trouver des connections dans la vraie vie par le militantisme d'autrefois et sur internet pour atteindre des gens de tous bords, des gens qui n'en ont a priori rien à faire.

# Posté le jeudi 10 septembre 2009 18:06

Modifié le lundi 14 septembre 2009 09:13